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Yves Cape et Massimo Riggi nous parlent de leur travail sur le court-métrage « Le poids des mots »

Anecdotes et moments marquants

Yves Cape :

Ce qui a le plus marqué ce projet ne s’est pas joué sur le plateau, mais en amont — et même avant l’amont. Quand Massimo m’a proposé ce deuxième court métrage après Mamina, j’ai d’abord refusé. Je pensais qu’il avait désormais le pied à l’étrier et qu’il devait avancer avec quelqu’un de sa génération : c’est en travaillant d’égal à égal, je crois, qu’on progresse vraiment et qu’on trouve ses propres voies.

Après de longues discussions, j’ai cédé ! Nous nous sommes donc retrouvés à deux reprises — deux jours fin avril, puis deux jours début mai — chez moi à Bruxelles, pour reprendre chaque scène une par une : comprendre ce qu’elle raconte vraiment, ce qu’elle apporte à l’avancement du film, et surtout dégager l’essentiel de ce qui doit être filmé plutôt que de partir dans toutes les directions.

C’est un travail particulièrement important pour Massimo, qui en est à ses débuts : l’enjeu n’est pas d’accumuler les idées de mise en scène mais de savoir ce qu’on peut — et doit — enlever. Ce travail nous a surtout permis de savoir où dépenser le temps et où couper. Il m’a aussi donné l’occasion de le mettre en garde sur certains choix compliqués — des choix qu’il était important qu’il affronte lui-même, pour pouvoir ensuite les faire en connaissance de cause plutôt que de les subir.

Massimo Riggi :

J’ai immédiatement dit à Yves que cela était impossible pour moi. Dans notre relation avec Yves, c’est un travail d’égal à égal. Yves me rend légitime dans mon envie de réaliser des films, je crois surtout parce qu’il connaît mon histoire et sait que je vois le cinéma comme une vérité. Je ne vois pas d’autre façon de raconter les choses. Son regard m’aide beaucoup parce que, quand il travaille, il ne cherche pas à tout prix à placer sa caméra juste pour filmer, mais à faire ressentir que chaque plan aide le récit. Par moments, plus nous irons dans la simplicité, plus nous aurons la vérité d’une scène. Cela ne signifie pas que la caméra est placée et que l’on s’arrête là. Au contraire, les plans sont travaillés jusqu’au petit détail. Une fois que l’on a ce qu’il nous faut à l’image, on s’intéresse à ce qui se joue devant nous, et jusqu’à la dernière prise, il peut y avoir une évolution. Alors, j’encourage Yves à s’entourer de jeunes assistants, bien que ce soit aussi sa grande volonté, afin qu’il puisse également transmettre à la jeune génération. Peut-être qu’un jour je trouverai en ce jeune-là une transmission qui sera passée ! Mais avant cela, ma volonté est de continuer ma collaboration avec Yves, qui n’est pas une relation réalisateur-technicien, mais d’un artiste face à un autre.

Mon premier court-métrage, Mamina, est ce qu’il est parce que c’est un travail que nous avons fait ensemble. Il en est de même pour le second, et le long métrage sera ce qu’il sera parce que c’est ensemble que nous aurons mené à bien la mise en scène de ce prochain projet.

Accompagnement TSF

Yves Cape :

Côté machinerie, la liste était volontairement simple : un bazooka, un chariot de travelling et des rails. Rien de plus n’était nécessaire pour ce qu’on voulait raconter.

Côté lumière, j’avais au contraire beaucoup trop sécurisé ma liste : une grosse source 9K Arrimax, une valise Astera Titan, une valise de bulbes Astera, 2 ou 3 LiteMat, et un 1,8 Arrimax. Avec le plein soleil que nous avons eu tout le tournage, j’ai finalement pu faire toutes les scènes de jour sans utiliser aucun de ce matériel ! Ce n’est pas la première fois que ça m’arrive — je préfère toujours soustraire de la lumière et m’appuyer sur des partis pris forts plutôt que d’éclairer. Dès que j’allume un projecteur, c’est souvent le signe que quelque chose ne va pas dans le cadre — et surtout, ça se voit ! En revanche, pour toutes les scènes de nuit, le petit matériel LED a évidemment été précieux.

Côté caméra, j’étais en RED Monstro, que je connais bien, et en Leitz Thalia, que je découvrais — des optiques au rendu naturel, dans l’esprit des Summilux, que j’apprécie beaucoup.

Ce que je retiens surtout, c’est le suivi de TSF : même si l’équipe a dû négocier ma liste en fonction des demandes du moment, elle m’a suivi sans réserve dans mes choix. Cela fait des années que TSF m’accompagne, et c’est une équipe que j’apprécie sincèrement.

Massimo Riggi :

Nous avons eu énormément de chance d’être accompagnés par TSF, déjà parce que c’est une continuité dans le suivi de mon travail après notre première collaboration sur Mamina, et cela se poursuivra dans les prochaines années. Et c’est ce que j’aime le plus. Quand on se connaît, on ne travaille jamais de la même façon. J’ai eu la chance de garder les mêmes chefs de poste en ce qui concerne la caméra, la lumière et la machinerie que sur le premier court. Pour moi, c’est ce qui fait, au-delà de l’histoire que nous souhaitons raconter, que nous avons pu travailler dans les meilleures conditions. Bien que nous étions dans une économie de court métrage, les équipes de TSF, et en particulier Robin avec qui nous avons beaucoup échangé, ont tout fait pour que l’on puisse travailler dans les meilleures conditions possibles sans se priver, car je crois que ce qui fonctionne dans ces bientôt deux courts métrages terminés, c’est que je souhaite que l’on tourne chaque scène comme si nous étions sur un long métrage.

Le travail en amont et ma collaboration avec Yves sont déterminants, car il est pour moi bien plus qu’un opérateur. C’est un véritable artiste qui est au service de l’histoire que nous souhaitons raconter ensemble. Bien sûr, il sait me mettre en garde sur certains aspects qui me font gagner du temps parfois, et à d’autres moments, je lui prouve que finalement cela pouvait fonctionner.

Comme Yves le dit, TSF l’a toujours suivi dans de nombreuses aventures sans le restreindre, et j’ai eu le même sentiment. Je me suis senti écouté et compris, ce qui devient rare de nos jours. Je tiens à rajouter que la première chose que les équipes caméra m’ont dite en allant récupérer le matériel, c’est le fait qu’ils ont trouvé un matériel vraiment nickel, bien préparé, et ce qui a été super agréable.

Hâte de poursuivre l’aventure ensemble et je ne manquerai pas de réussir à convaincre Yves pour boucler la boucle, car comme on dit, jamais deux sans trois. Alors à bientôt !

Challenges et solutions

Yves Cape :

Le vrai défi de ce tournage n’était pas la canicule — c’était de l’organisation, la production a réagi vite en installant des climatiseurs mobiles dans les chambres, et nous avons adapté les horaires. Les défis qui comptaient vraiment étaient artistiques, et ils étaient tous liés par une même idée : aller vers plus de simplicité pour aller vers plus de vérité.

Cela a commencé par un choix de découpage : j’ai proposé à Massimo d’être le plus simple, un pari risqué, puisqu’on se prive d’options au montage à venir, mais qui l’a obligé à se confronter directement à ce qui ne fonctionnait pas, plutôt que de le diluer dans une multiplicité de plans. Cette même exigence de simplicité s’est retrouvée dans la direction d’acteurs, en particulier pour un enfant, un exercice qui n’est jamais facile. Nous en avions beaucoup parlé en amont, et Massimo a pu mettre en application ce qu’on avait construit ensemble — il en a mesuré la justesse pendant le tournage, et plus encore au montage.

Et c’est cette même logique qui a guidé tout le reste : pour raconter une histoire aussi intime que celle de sa sœur sans tomber dans le pathos, il faut ramener sans cesse à la simplicité, sans exagération — ni dans le jeu, ni dans la mise en scène. C’est la direction vers laquelle j’ai constamment poussé Massimo. Sur ces choix, il ne peut pas vraiment y avoir de désaccord : le mot de la fin revient toujours au réalisateur. Mais il y a des choix à faire, et c’est là que mon rôle prend tout son sens.